La carte postale d’Anne Berest (2021)

Débrief

Oui ! Un livre qui est important pour moi.

Cela faisait longtemps qu’un livre n’avait pas fait autant écho en moi tout en étant un réel coups de cœur de lecture.

Oui, c’est une enquête familiale, comme beaucoup d’autre…

Oui, on parle de l’extermination des juifs et de la mise en œuvre de cette dernière.

Oui, c’est un sujet relu et re-relu, écrit et ré-écrit maintes et maintes fois.

Oui, tout le monde ne se sent pas concerné par l’antisémitisme.

Et je dis oui à ce livre pourtant.

En effet, vous allez passer un bon moment de lecture sérieuse ; le sujet est facile à aborder, l’écriture est directe et les personnage sont de nature simple.

En effet, vous aurez en main les clés pour comprendre – de l’intérieur- ce qui mène des gens intelligents, instruits, productifs et positifs à ne pas prendre de précautions, à ne pas chercher à « se battre », ou au minimum « se cacher ».

En effet, vous aurez l’opportunité de comprendre l’impact que les vies de nos ancêtres, connus ou non, ont eu et auront sur notre expérience propre de vie.

Lancez-vous dans cette lecture avec ouverture et curiosité. Passé les 75 premières pages, vous serez en face d’une tout autre réalité de récit.

Ce livre donne des leçons ; d’histoire notamment, de sociologie, de psychologie et vous instruira sur la nature humaine.

Les semaines passent ainsi dans une atmosphère étrange, c’est l’insouciance grave des périodes troublées, quand au loin gronde la rumeur irréelle de la guerre. Et la masse abstraite des morts au front.

La carte postale d’Anne Berest
Photo de cottonbro sur Pexels.com

Le propre de cette catastrophe réside dans le paradoxe de sa lenteur et sa brutalité. On regarde en arrière et on se demande pourquoi on n’a pas réagi avant, quand on avait tout le temps. On se dit, comment ai-je pu être aussi confiant ? Mais il est trop tard.

La carte postale D’Anne Berest

Résumé du livre par l’auteur

« La carte postale est arrivée dans notre boîte aux lettres au milieu des traditionnelles cartes de vœux. Elle n’est pas signée, l’auteur avait voulu rester anonyme. Il y avait l’opéra Garnier d’un côté, et de l’autre, les prénoms des grands-parents de ma mère, de sa tante et son oncle, morts à Auschwitz en 1942. Vingt ans plus tard, j’ai décidé de savoir qui nous avait envoyé cette carte postale, en explorant toutes les hypothèses qui s’ouvraient à moi.

Ce livre m’a menée cent ans en arrière. J’ai retracé le destin romanesque des Rabinovitch, leur fuite de Russie, leur voyage en Lettonie puis en Palestine. Et enfin, leur arrivée à Paris, avec la guerre et son désastre.

J’ai essayé de comprendre pourquoi ma grand-mère Myriam fut la seule qui échappa à la déportation. Et d’éclaircir les mystères qui entouraient ses deux mariages.

Le roman de mes ancêtres est aussi une quête initiatique sur la signification du mot « juif » dans une vie laïque. »

Sur le chemin du retour, j’ai regardé la phrase flotter dans la rue, au-dessus de nos corps, je ne voulais surtout pas en parler, je voulais oublier la conversation, qu’elle n’ait pas eu lieu, je me suis glissée avec les chaussons dans la routine du soir, je me suis fait une armure avec le bain, avec le brossage des dents – toutes ces tâches répétitives qui ne laissent pas de place à la réflexion. Me détacher. Redevenir cette mère solide sur qui on peut compter.

La carte postale d’Anne Berest

Conclusion

Note : 5 sur 5.

J’ai réellement été très agréablement surprise par cette lecture.

Au départ, je pensais avoir à faire à une énième histoire de famille sous forme d’enquête, avec un pathos exacerbé, sur des sujets de secrets de familles trop fouillés, trop connus et reconnus…

En fait non ! Pas du tout.

Je me suis laissée séduire par le côté très « pragmatique » ou « terre à terre » du personnage principal qui a sa vie, son quotidien et qui par le fait du hasard, se questionne sur un passé familial – qui elle le ressent intuitivement – va la porter à mieux se comprendre, est un chemin pour elle et sa famille en globalité.

C’est en effet un livre avec une portée initiatique. Que vous soyez intéressé ou pas par la « question juive ». Le débat n’est par là, pas uniquement. Il est plus général sur la question de l’humain bien sûr mais aussi des comportements que certains peuvent avoir en réaction à des passés, des souvenirs plus ou moins conscients ou non, qui vous étonnent, vous interpellent et soyons clairs ; que nous ne comprenons pas la plupart du temps.

La place des non-dits, des secrets, des culpabilités est ici très bien abordé.

C’est un livre « léger », ne pensez pas que le sujet est trop lourd ou du moins, abordé comme tel. On y détaille bien sûr des scènes difficiles pour le cœur et l’âme… Mais ce livre vous apporte surtout une meilleure connaissance de vous-même avec tout de même – par rapport au sujet de la shoah – une certaine fraîcheur.

Pour les enseignants, en littérature, ou en histoire surtout, je recommande chaudement cette lecture pour vos élèves à partir de 16 ans. Je pense qu’il est parfois compliqué de transmettre les « intentions » de l’époque et les documentaires sont parfois pas suffisants, incomplets et disons-le barbants. Ce livre permettra à vos élèves de se questionner, d’apprendre la nature humaine, de les avertir de l’importance de nos libertés, de les ouvrir à la conscience de ce que les médias peuvent faire. Je propose de leur faire lire par section et d’en débattre au fur et à mesure en classe. Ce serait intéressant.

(Lu le 25/08/2021)

Nous sommes tous les perles d’un même collier.

La carte postale d’Anne Berest

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