Et d’un seul bras, la sœur balaie sa maison de Cherie Jones (2021)

Débrief

Vous retrouvez dans ce premier roman de Cherie Jones, une belle réussite.

Son style est affirmé et unique et j’aime beaucoup la façon dont l’autrice aborde la question de la violence conjugale à travers son personnage principal, Lala, une fille simple venant des îles.

Il s’agit d’un livre où l’on passe et repasse d’un monde à l’autre. Celui des gens huppés, dits chanceux et des gens plus simples, parfois moins chanceux. Celui du monde des plages de vacances au sable fin décrites sur les cartes postales pour touristes, au mode de vie des autochtones habitant les petits cabanons, tout près de la plage ; côtoyant ainsi les villas des riches propriétaires de secondes résidences.

Tout commence par un meurtre – ou du moins le croit-on -, car l’auteur nous fait continuellement des retours dans le passé des personnages principaux afin que nous saisissions mieux le pourquoi du comment et leurs états d’âme, sans d’interminables palabres.

Sous le couvert d’une enquête de police, nous ne sommes pas ici dans un livre policier à proprement parlé car nous abordons le point de vue venant de la femme du meurtrier, Lala, elle-même victime de violences conjugales à répétition.

Un deuxième meurtre viendra noircir encore un peu plus le tableau mais je ne vous en dis pas plus…. délibérément…

Ne vous y trompez donc pas, nous ne sommes pas dans un livre policier haletant de suspense mais plutôt dans un livre nous permettant d’examiner les tréfonds des meurtriers et plus particulièrement de ceux qui les entourent, les défendent, n’agissent pas, ne disent rien,…

Ce livre nous apprend que la vie n’est pas toute blanche ou noire, il n’y a pas de camp… – les bons et les mauvais -, juste des gens qui font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont reçu. Bonne lecture !

Sur son visage, il y a le genre de sourire qui t’inquiète. Un petit sourire – avec les coins de sa bouche qui se retroussent à peine -, mais un qui t’inquiète parce que plus haut, les yeux sont ultra sérieux. Et que ce sourire, tu l’as déjà vu.

Et d’un seul bras, la sœur balaie sa maison de Cherie Jones
Photo de Alex Azabache sur Pexels.com

On peut supposer, se dit Lala, qu’un homme n’est pas vraiment méchant quand la nature elle-même ne juge jamais bon de le punir.

Et d’un seul bras, la sœur balaie sa maison de Cherie Jones

Résumé du livre

Lala vit chichement dans un cabanon de plage de la Barbade avec Adan, un mari abusif. quand un de ses cambriolages dans une villa luxueuse dérape, deux vies de femmes s’effondrent. Celle de la veuve du propriétaire blanc qu’il tue, une insulaire partie de rien. Et celle de Lala, victime collatérale de la violence croissante d’Adan qui craint de finir en prison. Comment ces deux femmes que tout oppose, mais que le drame relie, vont-elles pourvoir se reconstruire ?

Derrière des paysages caribéens idylliques, un intense et poignant portrait de femmes blessées depuis des générations. Renversant de grâce et d’émotions à vif, Et d’un seul bras, la sœur balaie sa maison est un premier roman déchirant qui prouve que l’héritage des traumatismes est tenace, mais pas toujours irrémédiable.

Il sait que tantine Preta n’est pas vraiment méchante, qu’elle croit juste qu’il vaut mieux que son petit apprenne quelle est sa place, qu’il comprenne que les excursions hebdomadaires chez Burger Bee sont inabordables pour lui et sa famille et qu’il devra en être ainsi jusqu’au jour où ils pourront se payer leur propre menu enfant tous les vendredis – s’ils le peuvent un jour.

Et d’un seul bras, la sœur balaie sa maison de Cherie Jones

Conclusion

Note : 4 sur 5.

C’est un excellent premier roman que je viens de découvrir là et je suivrai l’auteur !

L’écriture peut dérouter au début car on sent qu’elle vient d’un langage propre au habitants des îles. Cependant, cela apporte un certain style finalement et cela colle parfaitement au thème du livre.

J’aime la façon – assez brute, simple, sans complexe – dont l’écrivaine décrit des faits parfois difficiles et compliqués à expliquer si l’on s’attache à vouloir conserver un langage « classique ». Les mots sont lâchés avec une certaine « simplicité sèche », sans pour autant tomber dans une narration qui se pourrait être brutale.

J’apprécie également la façon dont l’auteur nous emporte dans cet univers de plages de sable fin et arrive toutefois à l’imprégner avec suffisamment de « noirceur » pour que nous ne perdions pas le propos principal ; le destin d’une femme ou d’un homme est tracé en lui selon ses expériences passées et un seul geste, une seule parole peut être un tournant décisif dans sa vie.

Ce roman nous apprend et nous rappelle que nous devons prendre soin de notre conduite, de nos valeurs et de notre destin.

A lire, avec plaisir et bienveillance.

(Lu le 21/09/2021)

La plage pue la mousse croupissante, les algues sargasses et les entrailles en putréfaction de poissons échoués qui pourrissent dans l’air tiédissant. C’est un de ces matins où l’eau a la gueule de bois après une nuit d’insouciance et a vomi sur le sable avant de tenter de cuver. Les touristes trouvent que marcher le long du rivage relève moins de la balade sur l’étendue de poudre rose représentée sur les magazines que d’un parcours du combattant où il faut éviter les méduses cachées sous les algues, les épines des oursins enlisés dans le sable, les morceaux de bouteilles en verre qui ne sont pas restés assez longtemps dans la mer pour être lissés et émoussés par le soleil et le sel, transformés ainsi en objets dignes d’une chasse au trésor.

Et d’un seul bras, la sœur balaie sa maison de Cherie Jones

Les gens mentent quand ils décrivent la première claque. Lala sait qu’on ne peut pas faire confiance à une femme qui vous dit d’où la première claque est venue, parce que la première fois que l’on vous bat, si vous êtes vraiment sous le choc, la seule chose dont vous vous souviendrez, c’est de la douleur. Vous ne pouvez pas vous souvenir d’où c’est venu parce que vous ne vous y attendiez pas.

Et d’un seul bras, la sœur balaie sa maison de Cherie Jones

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